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Vous n'êtes pas seul·e. Cet article vous accompagne pas à pas — sans jugement, sans pression — avec des pistes concrètes adaptées à chaque profil d'enfant.

Commençons par une chose importante.

Si vous avez cherché ces mots ce soir « mon enfant n’aime pas lire » c’est que vous vous inquiétez. Et cette inquiétude dit quelque chose de beau sur vous : vous tenez à votre enfant, à son avenir, à sa relation avec les mots et les histoires.

Mais voici ce que  vous devez savoir dès les premières lignes : vous n’avez pas échoué. Et votre enfant n’est pas cassé.

Au Canada, 50 % des jeunes de 6 à 17 ans disent avoir du mal à trouver des livres qu’ils aiment¹. Parmi les lecteurs occasionnels, 70 % ne savent tout simplement pas quoi lire. Ce n’est pas un manque de volonté. Ce n’est pas une fatalité. C’est souvent un problème de rencontre : votre enfant n’a pas encore croisé son livre.

Ce guide est fait pour vous aider à provoquer cette rencontre. En comprenant pourquoi votre enfant résiste, en évitant les erreurs qui aggravent la situation, et en découvrant des approches concrètes testées dans des familles franco-canadiennes.

D’abord : est-ce que votre enfant n’aime vraiment pas lire ?

Avant de chercher des solutions, il vaut la peine de s’arrêter sur la question elle-même. Parce que « ne pas aimer lire » peut recouvrir des réalités très différentes.

Profil 1 : L’enfant qui résiste au roman mais dévore autre chose

Votre enfant dit qu’il déteste lire. Mais il passe des heures à lire les règles d’un jeu vidéo, à parcourir des fiches Pokémon, à feuilleter des revues de sport, à lire les sous-titres d’une série. Il lit. Il lit tout le temps. Ce qu’il n’aime pas, c’est le format qu’on lui impose.

C’est le profil le plus courant et le plus mal diagnostiqué par les parents.

Profil 2 : L’enfant qui a du mal à lire (et qui cache ses difficultés)

Un enfant qui évite la lecture souffre peut-être simplement de ne pas y arriver facilement. La résistance est alors une protection naturelle : on évite ce qui nous met en échec. En Ontario, la Commission des droits de la personne estime que 10 % des élèves sont dyslexiques, et que 25 % des enfants de maternelle ou de première année sont à risque de troubles de lecture². Ces chiffres sont probablement sous-estimés, car beaucoup d’enfants ne sont jamais dépistés.

Profil 3 : L’enfant qui a décroché après une mauvaise expérience

Un livre trop difficile imposé à l’école. Une lecture à voix haute embarrassante. Un adulte qui a souri devant une faute. Parfois, un seul moment difficile suffit à associer la lecture à la honte et cette association peut durer des années si personne ne l’identifie.

Profil 4 : L’enfant qui n’a tout simplement pas encore trouvé son livre

C’est le profil d’une grande partie des enfants qu’on décrit comme « non-lecteurs ». Ils n’ont pas de relation difficile avec la lecture, ils n’ont juste jamais vécu le moment de bascule, cette rencontre avec un livre qui les a happés.

Ce qu’il ne faut pas faire (et pourquoi c’est difficile de s’en empêcher)

Avant d’agir, une liste courte mais essentielle. Ces comportements partent d’une bonne intention et c’est précisément pour ça qu’ils sont piégeux.

Imposer une « heure de lecture » obligatoire

Transformer la lecture en corvée quotidienne associe irrémédiablement le livre à la contrainte. Les enfants à qui on force la lecture à 7h du soir après une longue journée d’école ne retiennent qu’une chose : la lecture, c’est une punition.

Commenter les mauvais choix

« Encore des BD ? » « Ce manga, c’est pas vraiment de la littérature. » Ces commentaires, même dits avec le sourire, envoient un message clair : tes goûts sont mauvais. Un enfant qui reçoit ce message arrête de partager ses lectures. Et souvent, arrête de lire.

Quantifier et surveiller

Les minuteries, les carnets de lecture obligatoires, les « combien de pages tu as lu aujourd’hui » tout ce qui transforme la lecture en performance mesurée détruit le plaisir. La lecture n’est pas un sport. On ne peut pas la chronométrer.

Comparer avec d’autres enfants

« Ta cousine Inès a déjà lu toute la série. » C’est la phrase la plus courte pour créer une aversion durable.

Partie 1-Comprendre pourquoi votre enfant résiste

La concurrence des écrans est réelle mais surestimée

Oui, les écrans attirent. Oui, la dopamine d’un jeu vidéo est plus immédiate que celle d’un roman. Mais les recherches montrent que les enfants qui lisent le plus ne sont pas nécessairement ceux qui utilisent le moins les écrans. Ce sont ceux qui ont développé un rapport positif avec le livre avant que les écrans entrent massivement dans leur vie.

Autrement dit : la solution n’est pas de retirer les écrans. C’est de construire le plaisir de lire avant qu’il soit éclipsé.

Le format peut être le problème, pas le contenu

Un enfant peut adorer les histoires et détester les livres traditionnels. Pour lui, la solution n’est pas de « plus lire », c’est de changer le format. La bande dessinée, le manga, les romans graphiques, les livres audio, les magazines jeunesse : ce sont des lectures à part entière, documentées comme ayant les mêmes bénéfices cognitifs que le roman traditionnel.

En 2024, une étude du Centre national du livre en France confirme que la lecture de BD et de mangas continue de progresser significativement chez les jeunes³. Ce n’est pas une lecture de substitution ; c’est une porte d’entrée.

La langue peut être un obstacle invisible

Dans les familles francophones hors Québec, s’ajoute parfois une couche supplémentaire : l’enfant vit en français à la maison mais est entouré d’anglais à l’extérieur. La lecture en français peut être associée à l’effort scolaire, là où la lecture en anglais est associée au plaisir et au monde de ses amis. Ce n’est pas une trahison, c’est une réalité que beaucoup de familles franco-canadiennes vivent en silence.

Partie 2- Les approches qui fonctionnent vraiment

  1. Laissez-le choisir. Sans conditions

C’est la règle la plus difficile à appliquer et la plus efficace. Emmenez votre enfant à la librairie ou à la bibliothèque, et laissez-le choisir ce qu’il veut, sans commenter. Un livre de blagues. Un magazine sur les voitures. Un manga. Un livre de magie. Un roman graphique sur les chats.

Chaque format est valable. Chaque sujet est valable. Ce qui compte, c’est que la décision vienne de lui.

« Notre fils de 10 ans a passé six mois à emprunter uniquement des encyclopédies sur les dinosaures. On se demandait si c’était ‘normal’. Aujourd’hui il a 13 ans et il lit tout ce qui lui tombe sous la main. Les encyclopédies étaient sa porte d’entrée. »  Famille de Hearst, Ontario

C’est un principe confirmé : l’envie de lire doit venir de l’enfant. Le rôle du parent est de créer les conditions de cette envie, pas de la forcer⁴.

  1. Réhabilitez la BD, le manga et le roman graphique

Si votre enfant lit des bandes dessinées, il lit. Point.

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En parler

La BD sollicite la compréhension implicite (les émotions non dites dans les dessins), l’interprétation du séquençage narratif, et un vocabulaire souvent plus riche que le langage parlé quotidien. Les mêmes bénéfices cognitifs que la lecture traditionnelle  dans un format que votre enfant accepte.

Des séries comme Les Sisters, Les Légendaires, Astérix, Tintin, ou côté jeunes auteurs canadiens, les œuvres publiées par La Pastèque à Montréal, sont des lectures à part entière que des milliers d’enfants considèrent comme « leurs » livres préférés.

Conseil pratique : Achetez le premier tome d’une série en BD que votre enfant vous a mentionné. Ne dites rien. Posez-le sur la table de nuit. Attendez.

  1. Lisez à voix haute ; même à 10, 11, 12 ans !

Beaucoup de parents arrêtent de lire à voix haute dès que l’enfant sait lire seul. C’est exactement à ce moment qu’il ne faut pas arrêter.

Pourquoi ça marche ? La lecture à voix haute par un adulte permet à l’enfant d’accéder à des textes plus complexes que ceux qu’il pourrait lire seul. Elle enrichit son vocabulaire passif, développe sa compréhension narrative, et souvent sous-estimé, crée un moment de connexion que rien d’autre ne remplace vraiment.

Lisez un livre que vous avez envie de lire. Votre enthousiasme est contagieux. Les séries à suspense fonctionnent particulièrement bien parce qu’elles créent une attente naturelle : Amos Daragon de Bryan Perro, Capitaine Flam de Roch Carrier, ou La Guerre des tuques adaptée en roman pour les plus jeunes ou ZigZag

La règle d’or : Arrêtez toujours au moment le plus intense. Jamais à la fin du chapitre. Votre enfant vous demandera de continuer.

  1. Les livres audio : une porte d’entrée souvent négligée

Un enfant qui résiste à la lecture peut adorer les histoires. Les livres audio permettent d’accéder aux récits sans la contrainte du déchiffrage et pour les enfants en difficulté de lecture, c’est souvent la révélation qui change tout.

Pour les enfants dyslexiques ou en difficulté de lecture, le CNIB (Institut national canadien pour les aveugles) propose une bibliothèque de livres audio gratuite pour les personnes ayant un handicap de lecture , un diagnostic de dyslexie suffit pour y avoir accès.

  1. Devenez vous-même un lecteur visible

Les enfants apprennent par imitation.  Particulièrement avec leurs parents. Si votre enfant ne vous voit jamais lire, il reçoit un message clair : les adultes qui réussissent ne lisent pas.

Vous n’avez pas besoin de lire des romans. Lisez ce que vous aimez ; des revues, des articles, de la non-fiction, des romans policiers. Faites-le visible. Parlez de ce que vous lisez à table. Dites « je ne sais pas, mais j’ai lu quelque chose là-dessus l’autre jour. »

Votre enfant n’a pas besoin que vous aimiez les mêmes livres que lui. Il a besoin de voir que la lecture fait partie de la vie des adultes qu’il admire.

  1. Connectez la lecture à ses passions existantes

Votre enfant est fou des voitures ? Il existe des romans jeunesse qui se déroulent dans des courses. Il adore les jeux vidéo ? Des romans comme Ready Player One (disponible en français) ont converti des légions de non-lecteurs. Il est passionné de foot ? Des biographies sportives en français sont publiées chaque année par des éditeurs canadiens ou tout simplement des livres de foot.

L’idée clé : Le sujet du livre n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est que votre enfant finisse sa lecture en se disant « j’ai vécu quelque chose ». Quand ça arrive une fois, ça peut tout changer.

  1. Visitez régulièrement la bibliothèque mais différemment

La bibliothèque n’est pas un lieu d’étude. C’est un espace de découverte. La différence est énorme pour un enfant.

Allez-y sans objectif. Flânez. Laissez votre enfant toucher les couvertures, lire les quatrièmes de couverture, choisir, reposer, choisir encore. Demandez au bibliothécaire. Les bibliothécaires jeunesse des réseaux francophones connaissent leur fonds mieux que n’importe quel algorithme.

Partie 3- Et si c’est plus profond ? Quand consulter

Il existe une frontière entre un enfant qui n’aime pas lire et un enfant qui a du mal à lire. Cette frontière n’est pas toujours visible à l’œil nu et c’est normal.

Les signaux à observer :

  • Votre enfant évite systématiquement de lire à voix haute devant vous
  • Il inverse fréquemment des lettres (b/d, p/q) après la 2e année
  • Il lit très lentement pour son âge et fait beaucoup d’efforts visibles
  • Il oublie ce qu’il vient de lire dès qu’il tourne la page
  • Il dit que « les mots bougent » ou que « ça fait mal aux yeux »
  • Sa résistance est accompagnée d’anxiété ou de honte

Si plusieurs de ces signaux sont présents, ce n’est pas une question de motivation, c’est peut-être une question de neurodéveloppement. Et ça, ça se traite.

Que faire :

Parlez à l’enseignant·e de votre enfant en premier. Ensuite, demandez une évaluation par un·e orthophoniste ou un·e orthopédagogue. En Ontario, la Commission des droits de la personne recommande un dépistage précoce systématique dès la maternelle  et souligne que l’intervention est bien plus efficace quand elle commence tôt².

Dyslexie Canada souligne que lorsque les écoles mettent en œuvre un dépistage universel et une intervention ciblée, plus de 95 % des élèves peuvent apprendre à lire avant la fin de la deuxième année⁶. Ce chiffre change tout : la difficulté de lecture n’est pas une fatalité.

Partie 4-Un plan concret pour les prochaines 4 semaines

Pas besoin de tout faire en même temps. Voici une progression simple pour les familles qui démarrent.

Semaine 1-Observer sans intervenir

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Regardez comment votre enfant consomme de l’information dans la semaine : ce qu’il lit spontanément, ce qui l’attire, ce dont il parle. Notez-le mentalement. Ne dites rien encore.

Semaine 2- La visite sans pression

Emmenez votre enfant à la bibliothèque ou à la librairie. Budget illimité (dans la mesure du raisonnable). Zéro commentaire sur les choix. Laissez-le revenir avec ce qu’il veut, même si c’est un livre de blagues ou un magazine sur les insectes.

Semaine 3- La lecture à voix haute

Commencez un livre à voix haute le soir, pas comme une obligation, comme une proposition. « J’ai trouvé ce livre, j’ai envie de le lire avec toi, ça te dit qu’on commence ? » Si votre enfant refuse, proposez encore deux ou trois soirs. Si ça ne prend pas, essayez un autre livre.

Semaine 4- Bilan tranquille

Regardez ce qui s’est passé. Est-ce que votre enfant a lu quelque chose ? Est-ce que quelque chose a semblé l’intéresser ? Pas besoin d’une révolution en quatre semaines. Un centimètre de progrès dans la bonne direction, c’est déjà quelque chose.

Ce que les parents franco-canadiens vivent en plus

Il y a une réalité que ce guide ne peut pas ignorer.

Élever des enfants en français dans un environnement majoritairement anglophone, c’est se battre sur deux fronts à la fois : donner le goût de lire, et donner le goût de lire en français. Les livres anglophones sont partout. Les titres populaires sont souvent disponibles en anglais avant d’être traduits. Les amis lisent Harry Potter en anglais.

Ce n’est pas un combat perdu. C’est un combat qui demande d’être stratégique.

Quelques pistes spécifiques :

Valorisez les auteurs franco-canadiens que votre enfant peut rencontrer en personne. Les salons du livre de Toronto, Ottawa, Moncton, Winnipeg permettent aux enfants de voir que des auteurs qui écrivent en français vivent près de chez eux. Cette proximité change quelque chose.

Célébrez les lectures en anglais aussi, sans les opposer. Un enfant qui lit beaucoup en anglais a les outils cognitifs pour aimer la lecture. Il peut apprendre à les transférer vers le français si l’expérience est positive, pas forcée.

Et rappelez-vous : un enfant qui grandit en aimant lire, dans n’importe quelle langue, est un enfant qui a de meilleures chances de maintenir le français toute sa vie. La lecture n’est pas qu’un outil scolaire. C’est un lien avec une culture, une communauté, une identité.

Pour conclure : votre enfant a le droit d’arriver à sa façon

Il n’y a pas un chemin vers la lecture. Il y en a des dizaines.

Certains enfants arrivent par les BD, d’autres par les livres audio. D’autres par un roman qu’ils ont lu cinq fois parce qu’ils ne pouvaient pas s’arrêter, d’autres encore par un auteur rencontré en vrai dans un salon du livre et dont ils ont voulu tout lire après.

Ce que vous pouvez faire, c’est élargir les chemins possibles. Multiplier les formats. Multiplier les occasions. Montrer, par votre propre exemple, que les adultes lisent et que ça leur fait quelque chose.

Et accepter que votre enfant a le droit d’y arriver à son rythme. Même si ce rythme est différent de ce que vous espériez.

Vous avez une question spécifique sur votre enfant ? Partagez-la avec la communauté Littéraca — nous publions régulièrement des réponses de parents et d’enseignant·e·s franco-canadien·ne·s. Écrivez-nous à jelis@litteraca.ca

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