Depuis mai 2026, la société canadienne Zoom Books passe des commandes automatisées massives auprès de libraires d’occasion en Europe et à travers le monde. Ces ouvrages, souvent rédigés dans des langues minoritaires, seraient numérisés puis détruits afin d’entraîner des modèles de langage (LLM).
Des méthodes automatisées qui alertent les libraires
En Allemagne, le libraire Michael Ströter a repéré des achats systématiquement effectués entre 3 h et 5 h du matin, signe évident d’un processus robotisé. En Espagne, Marçal Font, propriétaire de la librairie Fènix à Badalona, rapporte avoir reçu sept commandes d’affilée de la part du même acheteur en une seule minute. Les titres visés; essais en catalan, manuels en bulgare ou actes de congrès vieux d’un demi-siècle, n’ont pourtant aucun débouché commercial en Amérique du Nord. Selon Courrier International, des vagues de commandes similaires touchent également l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni.
De plus, des photos prises dans un entrepôt de Zoom Books montrent des volumes jetés en vrac dans de grands cartons, un traitement incompatible avec les standards d’un revendeur professionnel.
Un cadre juridique américain qui rend la pratique défendable
En juin 2025, le juge William Alsup a rendu une décision charnière dans l’affaire Bartz c. Anthropic. Il a statué que l’entraînement d’une IA sur des livres acquis légalement constituait un usage « spectaculairement transformatif » relevant du fair use (l’usage loyal). La conversion de format ,c’est-à-dire, le fait d’acheter un livre, de le numériser puis de détruire l’original a également été jugée admissible, à condition qu’aucune copie supplémentaire ne soit distribuée. En revanche, le recours à des œuvres piratées a été fermement exclu.
Cette décision s’inscrit dans le sillage du Project Panama, une opération par laquelle Anthropic a acheté, numérisé puis recyclé entre 500 000 et deux millions de livres physiques entre 2024 et 2025 pour entraîner son modèle Claude. L’affaire s’est finalement soldée par un règlement à l’amiable de 1,5 milliard de dollars américains en août 2025, sans admission de faute.
Des poursuites qui se multiplient, un patrimoine menacé
Depuis 2023, les actions en justice s’accumulent :
- L’Authors Guild et des auteurs de renom comme George R.R. Martin contre OpenAI ;
- Le New York Times contre OpenAI et Microsoft ;
- Les éditeurs musicaux Universal et Concord contre Anthropic (avec 3,1 milliards de dollars réclamés en janvier 2026) ;
- Getty Images contre Stability AI.
En Europe, la GEMA allemande a obtenu en novembre 2025 la première injonction judiciaire continentale contre OpenAI.
Pourtant, le secteur de l’édition littéraire francophone n’a encore engagé aucune action coordonnée. Les ouvrages en langues minoritaires ciblés par Zoom Books, dont certains ne subsistent qu’en quelques rares exemplaires, ne bénéficient d’aucune protection concrète. Si cette pratique se généralise, ces textes risquent de disparaître sous leur forme physique avant même d’avoir pu être préservés par les institutions patrimoniales.

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