Benoit D’Afrique, ou la parole tenue sous le siège
Publié par Francois Nedje Jacques | février 4, 2026
Comment parler quand on connaît le chemin ? Des Gonaïves à Port-au-Prince. De Paris à Québec. Benoit D’Afrique n’a jamais fui le poème, exigence formelle dans les marges de la contrée poétique.
En 2018 déjà, pour le jeune poète qu’il était, les mots constituaient un refuge onirique, un bouclier contre l’absence et la solitude. Avec Paroles en état de siège, il confirme une évidence : il s’est arrimé à la parole libérée pour donner sens à l’existence de la beauté.
Avec ce recueil, Benoit D’Afrique propose une poésie de la vigilance et de la persistance. L’ouvrage s’ouvre comme un souffle repris après l’étouffement : une parole mesurée mais ferme, qui avance sans fracas, portée par une exigence à la fois éthique et esthétique. Ce sont des bribes « les débris d’une vie touchée par un profond malaise », écrit la maison La Veilleuse, fragments d’une conscience en tension.
Poète d’une langue dense et habitée, D’Afrique explore un monde fissuré : celui de l’exil, du déracinement et d’une mémoire fragmentée, sans jamais céder à l’emphase ni à la plainte.
À la question : pourquoi « en état de siège »? le poète ne prend pas de détour : parce que les mots sont le chemin.
Le « siège » annoncé par le titre n’est pas seulement politique ou historique ; il est aussi intérieur, linguistique, existentiel. La langue elle-même se trouve mise à l’épreuve, sommée de tenir malgré sa fragilité.

Les poèmes de Paroles en état de siège se lisent comme des éclats de résistance silencieuse. Rien de démonstratif. Tout se joue dans la retenue, dans une poétique de l’éveil et de l’attention.
D’Afrique privilégie la braise au feu d’artifice : une chaleur persistante, discrète, qui éclaire sans aveugler. Chaque texte avance par touches, par suspensions, laissant au lecteur l’espace nécessaire pour saisir ce qui tremble sous les mots.
Là où d’autres chercheraient à affirmer ou à convaincre, le poète choisit de dévoiler. Il se tient volontairement dans le vacillement de la langue, faisant de cette instabilité même une force. Les mots s’ancrent alors dans la chair, dans l’histoire intime et collective, refusant aussi bien l’effacement que la pétrification.
Ici, pas de slogans : seulement des murmures justes, profondément incarnés.
les mots comme gage de liberté
Né aux Gonaïves, Benoit D’Afrique vit entre Paris et le Canada. Son parcours littéraire témoigne d’une reconnaissance croissante : lauréat du Prix international de Poésie en liberté, il reçoit en 2025 la Bourse de découverte du Centre national du livre pour son projet L’anonymat injuste des failles.
Avec Paroles en état de siège, Benoit D’Afrique confirme une exigence poétique constante : affronter le réel sans renoncer à la beauté, maintenir une parole lucide dans un monde fracturé. Une poésie debout, traversée d’ombres et de lumière, qui s’adresse à celles et ceux pour qui le verbe peut encore et doit encore tenir le monde un peu droit.
Francois Nedje Jacques
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