Tout a été payé : un bol de cendres et quelques guenilles!

Publié par Francois Nedje Jacques | février 12, 2026

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Francois Nedje Jacques

Francois Nedje Jacques

le février 12, 2026

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Il y a des livres dont on oublie le titre, la couverture, parfois même le chemin qui nous y a menés. Puis il y a les histoires qui, elles, ne nous quittent jamais. J’avais douze ou treize ans lorsqu’un vieux recueil de contes est entré dans ma vie. Un livre épais, peut‑être celui des frères Grimm, peut‑être un autre : je n’en sais plus rien. Mais dans son introduction, en quelques pages discrètes, l’éditeur que je ne pourrai plus nommer (oublié!) a laissé en moi une trace plus profonde que bien des romans qu’on m’a fait étudier par la suite.

Il y parlait de la nécessité de continuer à raconter. Non pas pour bercer les enfants, disait-il, mais pour maintenir vivant ce fil invisible qui relie la peur, l’espoir, la bonté, l’illusion, et tout ce qui fait de nous des êtres capables d’imaginer plus grand que soi.

Et pour illustrer son propos, il évoquait un petit garçon. Pauvre, orphelin de père, vivant seul avec sa mère malade. Chaque soir, elle lui racontait des histoires, un soleil de midi de la ville des Gonaïves dans le froid de leur existence. L’une d’elles affirmait que les cendres et les guenilles ramassées dans une boulangerie pouvaient guérir toutes les maladies, du moment qu’on y croyait de tout son cœur.

Le jour où la mère s’effondra, trop faible pour marcher jusqu’à l’hôpital, l’enfant partit sur les chemins, certain de pouvoir la sauver. Il se présenta chez le boulanger, demandant timidement un peu de cendre et quelques chiffons. Le boulanger, interloqué, crut d’abord à une forme nouvelle de misère. Mais avant qu’il ne puisse répondre, un médecin, entré pour acheter du pain, demanda à l’enfant de le conduire à sa mère.

Ce médecin, l’un des plus réputés du pays, du moins dans l’histoire, soigna la mère, revint chaque semaine, apporta provisions et médicaments jusqu’à ce qu’elle recouvre la santé. Lorsqu’elle lui avoua, en larmes, qu’elle n’avait rien à lui offrir en retour, il répondit simplement : « Ne vous inquiétez pas. Tout a été payé : un bol de cendres et quelques guenilles. » Puis il lui trouva un emploi.

Cette petite parabole n’a rien de spectaculaire. Aucun dragon, pas de fée marraine, pas même une morale assénée lourdement. Pourtant, plus de vingt ans ont passé, et je m’en souviens encore.

Pourquoi ?

Peut-être parce qu’elle m’a appris, avant les grands mots et les philosophies compliquées, que la foi naïve d’un enfant peut ouvrir des portes que nous, adultes prudents, ne voyons même plus. Peut-être aussi parce que ce médecin inventé, ou réel, qu’importe! incarnait ce qu’on oublie trop souvent : la bonté silencieuse, celle qui n’exige rien, qui n’attend rien, et qui passe pourtant comme un baume dans l’existence de quelqu’un.

C’est cela, au fond, la magie de lire.
Ce n’est pas seulement le plaisir des histoires : c’est leur capacité à nous accompagner bien après que le livre s’est refermé. À murmurer, même des années plus tard, que nous avons cru, ne serait‑ce qu’un instant, que des cendres et des guenilles pouvaient sauver une vie.

Et peut-être que, dans certaines circonstances, elles le peuvent encore.

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