Utilisation d’IA : les Éditions du Boréal romptent son contrat avec Thélyson Orélien
Les Éditions du Boréal ont mis fin, le 21 octobre 2026, à leur collaboration avec l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien. Une analyse externe des versions de travail de C’était ça ou mourir a révélé des traces de balises d’intelligence artificielle (IA) dans les métadonnées de certains documents. L’éditeur montréalais ne réimprimera pas le roman et ne publiera plus d’autres livres de l’auteur. C’est un revirement majeur car une semaine plus tôt, Boréal maintenait encore son soutien à l’écrivain.
Dans un communiqué diffusé dans ses canaux de communication , les Éditions du Boréal annoncent mettre fin à leur relation professionnelle avec Thélyson Orélien. Selon la maison, de nouveaux éléments, confirmés ces derniers jours, indiquent que l’IA a été utilisée dans l’écriture de C’était ça ou mourir. L’auteur l’avait pourtant assurée « à plusieurs reprises » ne jamais y avoir eu recours pour créer son roman.
Conséquence : le Boréal ne réimprimera pas le roman et ne publiera pas d’autres livres de Thélyson Orélien.
Des « balises d’IA » dans les métadonnées
L’éditeur explique avoir d’abord accompagné l’auteur pour constituer un dossier qui documente son processus de création et démontre son innocence. Ces démarches « n’ont pas permis de trancher la question ». Thélyson Orélien a ensuite annoncé qu’il ne fournirait aucun autre élément.
Le Boréal dit refuser de jouer « un rôle d’enquêteur » auprès de ses auteurs, maintenant comme à l’avenir. Il estime pourtant que cette « situation extraordinaire » lui imposait de ne pas en rester là. La maison a donc rassemblé l’ensemble des versions de travail du roman et commandé une analyse externe approfondie. Les résultats, obtenus cette semaine, ont révélé « des traces de balises d’IA dans les métadonnées de certains documents ».
L’éditeur reconnaît toutefois qu’il ignore toujours dans quelle mesure l’IA a été utilisée. Il n’aura « sans doute » jamais de réponse définitive à ce sujet.
La confiance au cœur de la décision
Pour les éditions du Boréal, la question fondamentale est celle de la confiance entre auteurs et éditeurs. La maison rappelle qu’elle a continué d’accorder la sienne à l’écrivain après les allégations, puisqu’il affirmait ne jamais avoir utilisé l’IA. « Cette affirmation est aujourd’hui démentie », écrit-elle. Dans ces circonstances, elle ne peut pas poursuivre leur collaboration.
L’éditeur souligne que ses décisions auront des conséquences à long terme pour son propre fonctionnement, pour ses collègues éditeurs et pour le milieu du livre. Il dit vouloir contribuer activement à la réflexion collective sur la place de l’IA en littérature.
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Le roman fait l’objet de nombreuses ententes avec des éditeurs étrangers. Le Boréal précise que sa décision a donc aussi une portée internationale et qu’il prend le temps de communiquer avec ses homologues. Le communiqué ne précise pas la position de Grasset, qui publie le roman en France.
les éditions du Boréal indique avoir informé Thélyson Orélien de sa position avant de la rendre publique. « Au-delà du livre et de la polémique, il y a avant tout un être humain », rappelle la maison, qui appelle à la retenue pour que cessent les attaques personnelles contre l’auteur.
L’éditeur adresse aussi ses pensées aux lecteurs, aux libraires et aux jurys qui ont aimé le roman, et dit partager leur déception. Aux auteurs et autrices, il affirme que « la confiance et la transparence demeureront au cœur » de ses collaborations. Il conclut qu’il ne fera pas d’autres commentaires sur le sujet.
Mise en contexte : un mois de polémique
Le roman. C’était ça ou mourir paraît au printemps 2026 au Boréal au Canada, puis chez Grasset en France. Il devient l’un des succès de la rentrée : plus de 83 000 exemplaires vendus selon NielsenIQ BookData, cité par Livres Hebdo. Le roman figure parmi les sélections de plusieurs grands prix littéraires.
21 septembre : les premières accusations. Le jour même où l’auteur reçoit le prix du roman Fnac, le compte anonyme « Balance ton Claude » l’accuse sur X d’avoir fait écrire son livre « presque intégralement » par une IA. Il s’appuie sur l’analyse d’extraits par le logiciel de détection Pangram. L’écrivain dénonce alors une volonté de le faire taire.
Fin septembre : des soupçons de plagiat. La Presse révèle qu’une chronique publiée par l’auteur en 2013 serait une traduction remaniée d’un article du quotidien The Philippine Star. D’autres textes publiés au Canada il y a plus de dix ans sont aussi visés.
25 septembre : premières conséquences. Le Boréal suspend la tournée promotionnelle du roman « pour assurer le bien-être » de l’auteur. Il dit ne pouvoir ni confirmer ni infirmer les allégations, tout en affirmant que l’IA n’a pas été utilisée depuis la réception du manuscrit, le 12 septembre 2025. Le roman est retiré de la sélection du prix Goncourt, une décision prise pour « préserver l’intégrité » du prix. Le Salon du livre de l’Estrie exclut aussi l’auteur. Quelques jours plus tard, Thélyson Orélien interrompt sa tournée en France et rentre au Québec.
13 octobre : l’auteur sort du silence. Dans un communiqué, Thélyson Orélien nie tout recours à l’IA et affirme qu’« aucune phrase » de son roman n’a été générée par une machine. Il dit avoir commencé l’écriture à l’automne 2017. Il reconnaît en revanche avoir commis des plagiats dans des textes antérieurs, qu’il qualifie d’« erreurs inacceptables », et présente ses excuses.
14 octobre : le Boréal maintient le livre en librairie. Faute de preuve établissant un recours à l’IA, l’éditeur garde le roman en vente, tout en qualifiant le plagiat d’avéré et en le condamnant. Le roman reste par ailleurs dans la deuxième sélection du prix Renaudot.
Mi-octobre : la documentation s’arrête. L’auteur renonce à poursuivre le travail de documentation des origines de son roman, mené avec son éditeur.
21 octobre : la rupture. Après l’analyse externe des fichiers de travail, le Boréal met fin à sa collaboration avec Thélyson Orélien.
Au-dela de la polémique; L’affaire secoue l’édition francophone des deux côtés de l’Atlantique. Elle soulève des questions encore sans réponse : la fiabilité des outils de détection de l’IA, la responsabilité des éditeurs dans la vérification des manuscrits, et la place des technologies génératives dans la création littéraire.
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